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 Résumé

Mots clés : relations spatiales dynamiques, acquisition des langues étrangères, didactiques des langues étrangères, chinois langue étrangère, analyse de corpus


Cette thèse s'inscrit dans les domaines de l'acquisition et de la didactique des langues étrangères. L'objectif est double.

Le premier est de comprendre comment les apprenants francophones du chinois expriment les relations spatiales dynamiques (déplacements dans l'espace) lorsqu'ils s'acquittent d'une tâche verbale complexe. La procédure utilisée est l'analyse d'un corpus oral comprenant des productions d'apprenants avancés (chinois langue étrangère) et de locuteurs adultes natifs du chinois et du français (chinois et français langue maternelle, corpus témoins) réalisée aux niveaux phrastique, conceptuel et discursif. Le discours produit est un récit de fiction basé sur un support en images intitulé « Frog, where are you ? ». Pour atteindre cet objectif, nous avons tout d'abord identifié les moyens linguistiques disponibles en chinois et en français, puis étudié et comparé la façon dont les locuteurs sinophones et francophones mettent effectivement en œuvre ces moyens disponibles dans leur langue maternelle pour résoudre cette tâche verbale complexe de récit de fiction.

Le deuxième objectif est d'appliquer les résultats de ces analyses à la didactique du chinois langue étrangère. Les moyens linguistiques exprimant les déplacements seront présentés sous un angle différent de ce qu'il est donné de rencontrer dans les manuels ou grammaires de langue. D'autre part, les difficultés identifiées chez les apprenants serviront de base à la création d'activités et de supports iconographiques ciblés sur les déplacements.

Résultats :

Pour atteindre notre premier objectif, il nous a tout d'abord fallu comparer les deux langues en présence, afin de mieux comprendre ce qui les distingue concrètement dans l'expression des relations spatiales dynamiques. L'appartenance du chinois et du français à deux catégories différentes d'après la théorie de Talmy a été montrée. La conceptualisation de deux procès simples en un macro- procès est sujette à de fortes contraintes, les langues chinoise et française se distinguent par les composants linguistiques qui portent le procès-cadre et le procès-support. Dans la première, les deux procès sont contenus dans des verbes, alors que dans la seconde, le verbe renferme le seul procès-cadre, si une information de manière ou de cause apparaît dans l'énoncé, elle est ajoutée indépendamment du verbe. Cette différence influe sur le « style rhétorique » (Slobin, 1996b) de chaque langue : le chinois a tendance à produire beaucoup de déplacements, exprimant aussi bien la trajectoire que la manière et la cause et laissant davantage les localisations à l'inférence, alors qu'à l'inverse, le français produit plus de localisations et moins de déplacements, laissant la manière et la cause à l'inférence. La différence majeure entre les deux langues se trouve donc dans l'empaquetage de l'information spatiale. Le chinois peut combiner avec une grande flexibilité beaucoup d'informations différentes pour en faire passer jusque trois dans chaque prédicat dynamique, contrairement au français dont les moyens sont davantage figés et limités par sa lexicalisation.

L'étude des récits au niveau discursif a révélé l'importance accordée par le chinois au domaine de l'espace. Le mouvement référentiel dans ces récits se caractérise par le passage de l'entité du statut de thème d'un prédicat statique à celui de relatum d'un prédicat dynamique. Les entités-relata rencontrées en chemin par les protagonistes sont localisées, le parcours suivi est décomposé en points de repères successifs. Les procès sont fixés par rapport aux sous-espaces où ils ont lieu et non par rapport au thème qui les réalise. L'attention des locuteurs est centrée sur le relatum et donc sur le domaine de l'espace. À l'inverse, le mouvement référentiel des récits en français a la particularité d'introduire le relatum directement dans un prédicat dynamique. Peu d'indications sont fournies sur les entités- relata rencontrées pendant les déplacements des protagonistes, leur localisation est laissée implicite. Les procès sont fixés par rapport au thème et non par rapport à l'espace où ils se réalisent. L'attention des locuteurs est centrée sur le thème et donc sur le domaine des entités. Il a été montré que les prédicats dynamiques des sinophones correspondent parfois à des prédicats statiques ou non spatiaux chez les francophones. Les premiers expriment des déplacements lorsque les seconds parlent des protagonistes et de leurs sentiments.

Le concept d'épisode-spatial a aussi permis d'identifier une organisation différente du discours. Les sinophones jalonnent leurs récits entiers de sous-espaces saillants dont chacune des liaisons d'arrivée et de départ est toujours exprimée par des moyens linguistiques particuliers. Les récits donnent ainsi l'impression d'être organisés en unités balisées par des entités-relata et d'être structurés autour du domaine de l'espace. Cette organisation n'est pas représentative des récits de francophones. Leur perspective centrée sur les protagonistes se retrouve aussi à ce niveau, alors qu'ils ne possèdent pas de moyens linguistiques distincts attribués à chacune des liaisons.

Dans les langues comme le français ou l'anglais, le locuteur est considéré comme le point de départ de tous les repérages déictiques. La personne (moi) sert de repérage à l'espace (ici) et au temps (maintenant). En revanche, la situation est différente en chinois, il s'agit d'une langue lococentrique qui ne pose pas la personne à une place prépondérante dans l'organisation du système déictique. Il semble plutôt que l'on ne puisse dissocier la personne du lieu où elle se trouve. Le centre organisateur du système est l'espace et non la personne.

L'analyse du lecte des apprenants francophones du chinois a révélé certains phénomènes acquisitionnels impossibles à identifier sans une quantité de données suffisantes et une méthodologie adéquate. Les moyens linguistiques utilisés par les apprenants dans les prédicats dynamiques au niveau phrastique ressemblent à ceux de leur L1 sous différents aspects. La catégorie de trajectoire est très dominante alors que celles de manière et de cause sont peu utilisées. Les prédicats contiennent souvent une seule information spatiale. Ces caractéristiques sont le résultat de l'influence de la lexicalisation des procès en français.

Au niveau discursif, les apprenants utilisent deux modes d'organisation de l'information spatiale. Le plus fréquent est celui identifié chez les locuteurs de leur L1 (introduction des entités-relata dans les prédicats dynamiques), celui de leur L2 est présent (passage de l'entité du statut de thème à celui de relatum), mais dans de moindres proportions. Ainsi les apprenants montrent qu'ils s'approchent de l'organisation interphrastique de la langue cible tout en gardant une empreinte forte du cadre conceptuel de leur langue maternelle. L'attention des locuteurs se partage encore entre le domaine de l'espace et des entités. Peu d'indications sont fournies sur les entités- relata rencontrées pendant les déplacements des protagonistes, leur localisation est souvent laissée implicite. Le parcours suivi par les protagonistes est seulement décomposé en quelques points de repères. Les procès sont davantage fixés relativement au thème qu'à l'espace où ils réalisent. On s'aperçoit que les niveaux phrastique et discursif sont liés. Les formes grammaticalisées existantes dans une langue influencent l'organisation de l'information sur le plan textuel, c'est-à-dire le style rhétorique adopté. L'attention partielle prêtée au domaine de l'espace par les apprenants provient de l'empaquetage de l'information spatiale qu'ils font au niveau de l'énoncé.

On remarque entre les apprenants et les sinophones des différences au niveau conceptuel. Les sinophones expriment beaucoup de prédicats spatiaux, notamment des prédicats dynamiques et en particulier de localisations générales dynamiques. Dans les mêmes contextes, les apprenants transforment certains prédicats spatiaux en prédicats non spatiaux, des prédicats dynamiques en prédicats statiques et établissent peu de localisations dynamiques. Ce phénomène peut avoir de multiples origines. Les apprenants sont certainement limités par leurs connaissances lexicales et grammaticales, mais la raison principale se trouve certainement dans l'utilisation du cadre conceptuel de leur L1 lors de la production en L2.

L'analyse du corpus des apprenants révèle peu de phénomènes idiosyncrasiques sur le plan syntaxique. L'opération de formulation qui voit le passage du niveau conceptuel au niveau linguistique est réalisée sans trop de difficultés par les locuteurs, ils démontrent de bonnes connaissances déclaratives. La différence entre les sinophones et les apprenants se trouve plutôt au niveau de la conceptualisation, opération pendant laquelle le locuteur définit ses intentions de communication et surtout sélectionne l'information nécessaire pour les accomplir avant de procéder à sa linéarisation. Les récits des apprenants divergent de ceux des sinophones au niveau de la sélection de l'information spatiale des prédicats dynamiques. La lexicalisation des procès dynamiques en chinois se distingue de celle du français et les apprenants reçoivent encore l'influence du fusionnement conceptuel de leur L1 - particulièrement visible dans les proportions des catégories de trajectoire, de manière et de cause. Les apprenants témoignent de lacunes dans leurs connaissances procédurales. La formation du message préverbal est influencée par les formes grammaticalisées dans leur L1.


La troisième partie du mémoire aborde le volet didactique. Elle est composée de trois chapitres ayant des objectifs différents.

Le chapitre X a identifié certaines sources de transferts d'apprentissage en analysant trois manuels de chinois utilisés par nos informateurs pendant leurs études universitaires. Les similitudes entre les récits des locuteurs et les textes de leçons sont manifestes sur certains points : étendue du lexique verbal, empaquetage de l'information spatiale, importances des prédicats statiques. Il ne faudrait cependant pas tenir l'organisation de la grammaire de l'espace dans les manuels pour unique responsable des phénomènes observés chez les apprenants. Les éléments nécessaires pour établir les relations dynamiques sont tous introduits, leurs propriétés syntaxiques sont détaillées. Il semble que le manque des manuels se trouve plutôt au niveau de la pratique de ces connaissances théoriques, peu d'exercices ont cet objectif, ce qui n'entraîne pas les apprenants à schématiser l'expérience de la manière propre à la L2.

Le chapitre XII propose une première ébauche d'activités ayant cet objectif. Les supports iconographiques imaginés constituent le fondement d'activités orientées sur la pratique exclusive des prédicats dynamiques. Le choix de séries courtes de trois dessins présente l'intérêt de focaliser l'attention sur le domaine de l'espace tout en donnant un contexte clair aux procès à exprimer. La perspective adoptée du Cadre européen de référence pour les langues a aussi permis d'établir un référentiel des signes linguistiques nécessaires à l'expression des relations spatiales en chinois à deux niveaux différents (A2 et B1) et de proposer une organisation de la progression de la compétence de communication dans ce domaine.

Tout au long de cette étude, nous avons essayé de proposer un nouvel éclairage sur les items de la grammaire de l'espace. Cette démarche est passée par la proposition terminologique de composé dynamique venant se substituer aux compléments résultatifs et directionnels. Le terme porte sur le niveau conceptuel et non syntaxique, il présente l'avantage de regrouper ces deux catégories de compléments et d'écarter les formes aux sens abstraits qui ne servent pas à établir des relations spatiales (compléments résultatifs et aspectuels).

Par ailleurs, le chapitre XI a montré le rôle essentiel que joue le contexte (configuration spatiale, entités-thèmes en présence…) sur la sélection de l'information. Dans un domaine comme celui de l'espace, il est crucial d'intégrer ces paramètres à son étude théorique comme à son traitement pédagogique.

 

Les relations spatiales dynamiques en chinois langue étrangère. L'expression des déplacements en chinois.